André Lambotte, Aux confins du silence

Vernissage le dimanche 10 mai 2026 de 15h à 18h
Exposition du 10 mai au 7 juin 2026

Le compositeur György Ligeti disait, à propos des chants pygmées qui le fascinaient (et qui l’influencèrent): « Chaque moment est un hasard et la totalité qui en résulte n’a rien à voir avec le hasard ». J’ai le sentiment qu’il en est souvent ainsi de mes travaux: une accumulation obstinée et complexe de microstructures juxtaposées, superposées, décalées, de nature et de tonalités différentes ou très légèrement nuancées qu’oblitère, in fine, une infinité de minuscules signes d’encre. Peut-être cela explique-t-il aussi que j’aimerais que l’on appréhende ce travail, dans sa temporalité, comme on écoute de la musique…

André Lambotte

Né à Namur en 1943, André Lambotte vit et travaille à Nassogne. Son œuvre a marqué l’art contemporain par son approche unique et son évolution constante et subtile, à l’image de la musique de Steve Reich, où chaque variation infime ouvre de nouvelles perspectives.

Initialement attiré par la musique – il fut musicien de jazz –, il se tourne ensuite vers les arts plastiques tout en restant un mélomane passionné. Son parcours artistique prend un tournant décisif en 1972, lorsqu’il s’engage dans une aventure artistique singulière, fondée sur le signe, le rythme, la structure, la répétition et la durée. C’est à cette époque qu’il entame la série des Anthropographies : des écritures automatiques aux signes vaguement anthropomorphes, tracés spontanément à l’encre de Chine en registres superposés, évoquant une page d’écriture.

Sous l’influence de Christian Dotremont, il abandonne la peinture à l’huile pour l’encre de Chine, la toile pour le papier, et souvent la couleur pour le noir et blanc. Peu à peu, ses Anthropographies se densifient, s’éloignent de la figuration et se transforment en graphies abstraites, privilégiant la structure, le rythme et la texture.

À partir de 1986, sans renoncer à l’encre et au papier, André Lambotte réintroduit la couleur par des traits de crayons superposés en de nombreuses strates, « afin d’illuminer par le dessous le dessin (à l’encre) à venir ». Cette maîtrise d’une « technique mixte » lui permet de réaliser, entre 1987 et 1996, d’importantes séries de grand format comme TerzettoContinuoOstinato (très structurées), Partita ou Pizzicato (plus aérées).

À partir de 1996, il explore des formes brèves mais denses avec les Fuscelli, puis, entre 1999 et 2002, le cycle Travail de l’herbe, composé de dix-sept variations dédiées à dix-sept écrivains, dont les textes entretiennent un lien avec les « épaisses couches du temps ».

En 2005, une étape marquante survient avec les séries Promenade à la Falaise Rouge (hommage au lettré chinois Su Dongpo) et Arrière-saison. Ces œuvres se distinguent par l’importance accordée à la couleur et par l’abandon, peut-être provisoire, de la référence à la ligne d’écriture, présente depuis 1972. Comme le souligne Claude Lorent, Lambotte s’offre alors « une nouvelle liberté, un champ d’exploration désormais infini ».

Son exploration se poursuit avec la série Textures (initiée en 2007), où polyrythmies, micro-intervalles graphiques et chromatiques servent un lyrisme subtil, invitant le spectateur à en percevoir l’essence. Par la suite, dans des cycles comme Stries, La part des anges, Mudaï, Between the lines, Les variations Kikuchi, Ajours, Espaces rêvés et plus récemment Morceaux de nuit, Parole de la ligne ou Sentes, André Lambotte interroge la notion de temporalité à travers des variations à la fois minimalistes et maximalistes, toujours plus radicales.