Exposition du 11 octobre au 8 novembre 2026

Artiste liégeois né en 1955, Pol Piérart transforme les mots en œuvres visuelles, entre poésie et impertinence. Diplômé en peinture monumentale, il crée des œuvres où texte et image se mêlent. À travers des détournements de sens, il met en lumière les significations cachées ou les ambiguïtés du langage. Présent sur la scène artistique depuis 1979, il a construit une œuvre patiente et singulière, traversant les décennies sans jamais céder aux certitudes confortables. Sa participation à la Biennale de Venise en 2011 marque un moment charnière, où son travail s’est inscrit dans une réflexion plus large sur la perception et ses ambiguïtés. Dans le cadre de l’exposition Miroir|Mirage à la galerie LRS52, il poursuit cette exploration avec une subtilité teintée d’auto-dérision, invitant le spectateur à s’interroger sur ce qu’il croit voir — et surtout sur ce qu’il croit savoir.
Car le miroir, chez lui, n’est jamais un simple outil de reproduction fidèle. Il devient surface de doute, lieu de glissement. Ce qu’il renvoie n’est pas nécessairement un reflet, mais peut-être déjà une interprétation, une construction fragile. Et si le miroir mentait ? Ou plutôt, si c’était notre désir de certitude qui nous faisait prendre son image pour une vérité indiscutable ?
Dans ce jeu de bascule entre reflet et mirage, l’artiste semble suggérer que plus l’on est sûr de soi, moins l’on questionne ce qui nous fait face. Le regard trop assuré risque alors de se satisfaire d’une image lisse, sans en percevoir les failles, les déformations, les zones d’ombre. Le miroir devient alors mirage — non pas parce qu’il trompe délibérément, mais parce qu’il rencontre un regard qui ne doute plus.
À l’inverse, celui qui accepte l’incertitude, qui s’attarde, qui hésite même devant ce qu’il voit, entre dans une relation plus riche avec l’image. Il comprend que le reflet n’est jamais totalement adéquat, qu’il comporte toujours une part d’écart, de fiction, voire d’illusion. C’est précisément dans cet interstice que le travail de l’artiste prend toute sa force : il ne donne pas de réponses, mais installe une inquiétude féconde.
Ainsi, Miroir|Mirage ne se contente pas de jouer avec les apparences ; l’exposition agit comme un révélateur de notre propre posture face au réel. Sommes-nous prêts à admettre que ce que nous percevons — et peut-être même ce que nous sommes — échappe en partie à toute saisie définitive ? Ou préférons-nous nous réfugier dans le confort trompeur d’un reflet que nous croyons fidèle, simplement parce qu’il nous rassure ?